Le rollercoaster


Quand nous avons créé Fantasià il y a deux ans, nous avions plein de projets, plein d’envies, et beaucoup d’espoir pour le jeu vidéo, en particulier en Corse.

Et puis, pendant plus d’un an : rien. Nous étions encroutés. Pris dans la mélasse des rapports humains. Si simplement compliqués. À quoi bon se crever le processeur ou se bouger pour pas grand-chose ? Le mieux aurait été de laisser le projet se formater et de laisser un nouveau programme se coder. Un abandonware parmi tant d’autres.

Nous voilà en bas de la montagne russe. Vu la montée qu’il y a à franchir… laissons tomber. C’est mieux.

Et puis il y a eu la game jam de fin d’année 2024. La première Game Jam de l’Avent. Cinq jeux. Pas beaucoup, mais une ambiance. Des étudiant·e·s, et des personnes qui n’avaient jamais fait un jeu.

C’est cool quand même, la création. Le design. Voir les gens jouer à son jeu, voir les sensations qu’il procure, les voir rire, rager, le hacker… oui, vraiment, ça fait du bien. Alors que tout part en lambeaux, que le monde s’énerve, que les avis sont tranchés, que la post-vérité est partout, tout le temps… ben oui, ça fait du bien. Ça rationalise ce qui fait de nous ce que nous sommes : des entités curieuses, créatrices, et plus important encore, joueuses. Et oui, JOUEUSES. De la jeune pousse au grand arbre enraciné, nous jouons. La plupart du temps, il nous faut un but. Un high score.

Et si on allait à la Corsica Games Week 2 pour montrer un peu ces jeux ? Ils sont marrants, non ? Allez ! On propose. C’est ok. On y va. Et c’est bien à la CGW que l’asso s’est recréée alors…

Mais attendez…

Le jeu de la Gaming Factory 1, celui de la première année, I Ricordi di u Spidali, il y a trois ans… personne ne l’avait jamais vu. Alors allez, un baroud d’honneur. Une dernière compilation avant le sudo mkfs.ext4.

Et là… un problème de taille. Le regard des créateurs. De celles et ceux qui avaient imaginé leur monde, leur histoire, dessiné, enregistré, codé… et qui ont enfin vu ce qu’ils avaient créé prendre vie. Pire que tout : il y avait des enfants. Aïe. Aïe. Aïe. Des yeux écarquillés, parfois mouillés (oui, oui). Des sourires gigantesques. Et puis des merci. Trop de merci, pour quelque chose qu’ils avaient créé eux-mêmes. Et certain·e·s, bien décidé·e·s, à en faire leur métier plus tard.

À partir de là… tout s’est remis à bouger. Tout s’est remis en place. Le code source est redevenu lisible, plus clair. Finalement, le jeu vidéo est un prétexte. On a besoin de faire, tous ensemble. Tout simplement. La véritable addiction, la voilà : s’évader, créer autre chose. Un monde cool — pas forcément bienveillant — mais qu’on est heureux d’arpenter avec d’autres, ou de faire découvrir. Alors merde quoi. On ne va pas s’arrêter là. Quel gâchis ce serait. C’est rare… et donc précieux.

Alors veuillez vous installer confortablement. Attachez vos ceintures. C’est repartiiii !

Voici, donc, le bilan de ce que nous avons pu faire pendant ce tout petit — et premier vrai — tour de manège.


Le bilan, mois par mois


Avril – Mai : “parler vrai” du monde du jeu vidéo + premières interventions santé/culture

On a commencé par remettre le jeu vidéo dans la vraie vie. D’un côté, on a réalisé des entrevues / émissions avec des artisans et travailleuses/travailleurs du jeu vidéo, pour comprendre ce qu’il se passe dans l’arrière-salle des grandes boîtes — et en particulier autour d’Ubisoft : conditions de travail, mobilisations, syndicats, ce que ça fait de créer dans une industrie qui peut broyer. On a eu des gens engagés, passionnés, et surtout lucides. Et ça, c’est précieux. Parce que parler du jeu vidéo sans parler de celles et ceux qui le fabriquent… ça n’a aucun sens.

Et dans la même période, on a aussi commencé à intervenir du côté santé / citoyenneté, notamment à la Maison Médicale de Calenzana, avec une intervention autour de l’identité numérique. Là encore : le jeu vidéo comme porte d’entrée, mais derrière… c’est la vraie vie, les vrais enjeux.


Juin – Juillet : ateliers EMAHO — création de jeux sur Scratch (et dans les quartiers)

Avec EMAHO, on a animé des ateliers de création de jeux vidéo sur Scratch, dans les quartiers populaires de Bastia. Et on n’a pas « juste montré Scratch ». On a fait ce qu’on fait à Fantasià : on fabrique. Au programme : un atelier concret, où on apprend à coder en créant un jeu, pas en regardant un tuto dans le vide.


Été : préparation des Mémoires d’Anghjula — construire un gros truc, pour de vrai

En parallèle, on a enclenché un gros chantier : Les Mémoires d’Anghjula. Pas juste « un événement ». Un vrai projet : modules, ateliers, déroulé, logique intergénérationnelle, contenu culturel, et coordination avec la Maison Médicale de Calenzana qui porte le projet. Et là, c’est du concret : imaginer des épreuves, des ambiances, des formes de mémoire à solliciter (sensorielle, autobiographique, mémoire de travail…), et trouver les bons outils : jeu, théâtre, son, multimédia, VR, etc. Bref : créer un parcours qui parle aux familles, qui parle aux anciens, qui parle aux jeunes, et qui fait se rencontrer tout ce monde-là.


Septembre : premières soirées jeux vidéo à la Brasserie Gloria

Septembre, on a remis les gens ensemble, manettes en main. Lancement des premières soirées jeux vidéo à la Brasserie Gloria :

  • tournois (Street Fighter 6, Mario Kart…)
  • mini-LAN (Quake 3, UT)
  • retrogaming et grands classiques

Octobre : journée Les Mémoires d’Anghjula — énorme succès

Et là, on ne parle pas d’un simple événement, mais d’une journée complète, pensée comme un parcours, presque un monde à traverser. Un escape game intergénérationnel.

On y a créé :

  • un quiz intergénérationnel ;
  • un labyrinthe sous Unreal Engine, où il fallait réfléchir, coopérer, se souvenir, parfois hésiter, parfois se tromper, mais toujours avancer ensemble ;
  • des objets de jeu et éléments de manipulation créés et imprimés en 3D, conçus spécialement pour l’événement, pour rendre la mémoire tangible, manipulable, presque physique ;
  • un système de jeu de piste complet, avec des étapes à débloquer et une progression pensée pour tous les âges.

Et surtout, un travail très fort sur la langue et la transmission : l’ensemble du parcours était doublé en bilingue corse / français. Les voix, les consignes, les narrations… tout a été pensé pour que la langue corse ne soit pas décorative, mais vivante, intégrée, naturelle dans le jeu. On a vu des enfants guider des adultes. Des adultes se laisser porter. Des familles jouer ensemble, vraiment. Cette journée a parfaitement résumé ce que Fantasià essaie de faire : mélanger jeu, mémoire, culture, technologie, création artisanale et humain, sans jamais perdre le plaisir.


Novembre : atelier AFARIF à Ghisonaccia — création de jeu sur RPG Maker (intensif)

Atelier à l’AFARIF à Ghisonaccia : un format intensif, sur plusieurs jours, avec des jeunes, pour leur faire vivre toutes les étapes de la création d’un jeu :

  • idée, scénario, écriture ;
  • level design ;
  • prise en main de RPG Maker ;
  • prototypage ;
  • présentation d’un jeu jouable.

Et on a même glissé un petit truc important : une mini-simulation de « crunch » (courte, encadrée, pédagogique) pour faire comprendre ce que c’est, pourquoi ça existe, et pourquoi il faut apprendre à créer sans se détruire. Parce que créer, oui. Mais pas au prix de la santé.


Novembre : lancement de la nouvelle Game Jam de l’Avent — Un été neigeux

Et dans la foulée : lancement de la Game Jam de l’Avent, thème Un été neigeux. Deux mois pour créer. Deux mois pour douter, bricoler, s’entraider, demander un dessin, une musique, un coup de main, un avis, un test. Et surtout : finir. Même petit. Même étrange. Même bancal. Parce qu’une jam, c’est ça : c’est un laboratoire. Et c’est du lien.


Décembre

  • continuité des soirées jeux à Gloria, avec une fréquentation en hausse, une vraie dynamique et des nouvelles têtes ;
  • une soirée rétro à Micro-Folies : première édition, environ 70 personnes, du pur intergénérationnel, des parents qui racontent les bornes, des enfants qui découvrent Duke Nukem 3D et prennent une leçon d’humilité (oui, ça arrive) ;
  • et bien sûr, le Calendrier de l’Avent de la Game Jam : un jeu par jour, le plaisir de découvrir, de jouer, de partager, et de donner une vitrine aux créations.

Ce que tout ça a changé, concrètement

Toutes ces actions nous ont permis d’investir dans du matériel. Du matériel qui sert directement à notre objectif : faciliter les ateliers, la création, la découverte, les événements. Moins galérer. Plus produire. Plus transmettre.

La communauté a grossi. Le Discord est passé d’environ 50 à 180 membres. Ça veut dire plus d’idées, plus de bras, plus de projets… et aussi plus de responsabilités (mais ça, c’est un autre manège).

Et surtout, le collectif s’est renforcé, avec du sang neuf et des gens qui prennent leur place. Le conseil (des 7 + 4) s’étoffe avec :

  • Damien « Lukior » : derrière le code, il y a un petit cœur qui bat.
  • Jean-André Santoni « Kivuatar », l’homme du pixel ;
  • Franck « Muf », maître incontesté de RPG Maker (et de GameMaker) ;
  • Armand Tijano, le BG de la team, notre intervenant Kapla ! :p ;
  • Uce « MegaMultiToolsStreamGD » ;
  • et le tout dernier, Mathieu Marchetti, qui va faire entrer Fantasià dans le monde du JDR et de l’actual play.

Et après ?

Parce que oui, on a plein de projets. Des interventions en préparation. Dont une au collège de Calvi qui, on l’espère, lancera le début d’un vrai cycle d’interventions dans l’Éducation nationale… et les premières pierres d’un truc ambitieux : commencer à travailler sur un cursus jeu vidéo en Corse.

Mais il n’y a pas que la Corse. Cette année, c’est aussi l’ouverture de liens avec Créajeux (Nimes). On prépare des trucs. On ne dit pas tout. Mais ça bouge. Promis, on vous tiendra au courant !

Bref… pas mal pour une asso qui allait disparaître, non ? Un vrai reboot.

Et pour finir — le plus important — merci. Merci à toutes celles et ceux qui sont intervenus de près ou de loin pendant cette « micro » année (oui, micro… mais bien musclée). Et on le redit : on cherche toujours des bénévoles, des passionné·e·s, des intervenant·e·s. N’hésitez pas. Si vous avez des idées, il y a sûrement moyen de les concrétiser.

Pour finir, passez de très bonnes fêtes. Que cette fin d’année vous apporte tout ce qu’il vous faut pour jouer, créer… et surtout beaucoup de joie.

Ludiquement vôtre,
Fantasià

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